Changer de perception
Nous nous éveillons à la Vérité dans laquelle nous existons. Notre illusion repose seulement sur un filtre mental. Elle ne se manifeste que de façon subjective. C’est comme un regard ou une lecture que nous avons appris. Chacun, nous décrivons et repeignons le monde à notre idée. Cependant, celui-ci demeure inqualifiable. Insaisissable, il perdure sous sa forme brute, naturelle et mystérieuse.
Nous devrions nous interroger sur l’intérêt de projeter notre vision fabriquée. En vérité, à quoi ressemble le monde derrière notre pensée discursive ? C’est lorsque nous retrouvons notre vision première et directe, que survient la réponse.
Afin d’échapper à la dualité, il convient de changer radicalement de point de vue. Cela signifie laisser la vision du domaine relatif pour obtenir celle de l’absolue. C’est comme quitter le bas brumeux de la montagne afin de trouver au sommet la vision claire et dégagée de l’absolue.
Étant donné que la dualité n’est qu’une illusion, elle ne nécessite pas que nous lui opposions une approche “non duelle”. Parce qu’elle est sans réalité, l’illusion ne réclame pas d’être traitée, mais seulement déjouée. Pour cela, il nous revient de reconnaître et d’abandonner la motivation et les enjeux qui sous-tendent et maintiennent son mécanisme. C’est la condition pour qu’il soit désamorcé.
Notre conscience nous offre une constance et une présence permanente. S’il nous arrive de la méconnaître, elle n’en est pas moins incessante. C’est cette référence de continuité que nous devrions adopter. Voilà qui participe d’un vrai changement par rapport au schéma d’alternance auquel nous succombons. Ainsi, au lieu de nous distraire, nous pouvons nous adonner au renouveau perpétuel. Nous sommes en mesure de nous éterniser à l’unisson de la Présence. Comprenez que nous ne devenons pas l’acteur de cette grâce. Nous nous en trouvons être le réceptacle et l’heureux bénéficiaire.
Le changement de référence est une donnée capitale. Elle apparaît dès lors que nous avons pris le recul suffisant sur notre esprit logique. Ce recul nous apporte un détachement au regard de notre lecture discursive. Au-delà d’une construction, tel un château de sable, nous voyons aussi qu’il n’est que du sable. Au-delà du monde phénoménal, nous en voyons sa nature, son essence infinie. Nous ne sommes plus tributaires du seul monde des formes. Devant nous, c’est l’immensité d’une plage, ainsi que toute sa potentialité de créativité, que nous contemplons.
Contempler, nous offre un recul, un point de vue large et différent sur la vie. C’est de nous simplifier en Esprit, qui rouvre notre regard sur notre éternité. Par-delà nos diverses constructions mentales et physiques, elle n’a jamais disparu. Nous l’avons oubliée en la modelant pour faire des objets, de sorte que nous puissions les saisir et les posséder. Si nous avons voulu former l’Esprit, lui ne s’est jamais laissé réduire par notre façonnage. L’Esprit est semblable à l’eau qui ne peut réellement être contenue sous quelques formes qu’elle prend. Il est la liberté même que nul ne peut s’approprier.



